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La corruption et la fraude ne sont pas l’apanage des élites politiques et économiques (Par Talla Gueye)

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Au plus haut sommet de l’État, la corruption et la fraude sont très courantes, comme les nombreux rapports faits par les corps de contrôle, depuis le début des années 2000, l’attestent. Ces pratiques peuvent être décelées dans l’octroi de certains marchés publics ne respectant aucun principe de bonne gouvernance et de transparence, mais aussi dans leur exécution. Cela fait que la commande publique n’est presque jamais exécutée à temps et dans le respect des normes de qualité. C’est pourquoi, il est très courant de voir, au Sénégal, des infrastructures qui ont coûté des milliards de francs CFA, se dégrader quelques années seulement après leur réalisation, et ceci, sans que des poursuites ne soient engagées contre les entreprises réalisatrices. Il n’est pas non plus rare de voir des infrastructures dont le coût dépasse de très loin, les tarifs appliqués au niveau international.

Cependant, les élites politiques et économiques n’ont pas le monopole de la corruption et de la fraude. Ces pratiques sont de plus en plus ancrées dans tous les segments de notre société. On peut les déceler partout, dans toutes les administrations et à tous les niveaux. Rares sont les Sénégalais qui n’ont jamais été corrupteur ou corrompu.

C’est ainsi qu’il est devenu quasi naturel de voir des véhicules assimilables à des cercueils roulant, passer sans aucune difficulté, les contrôles de police ou de gendarmerie. D’aucuns disent que les chauffeurs passent ces contrôles parce qu’ils remettaient un billet de cinq-cents, mille ou deux-mille francs CFA au policier ou gendarme préposé au contrôle des véhicules.
Par ailleurs, pour la délivrance de la moindre pièce d’état civil ou pour l’accès rapide ou indu à certains services, il y a toujours des gens qui sont prêts à utiliser leur porte-monnaie. Ces fléaux apparaissent aussi à travers les fonctionnaires qui vendent le matériel de l’administration ; les chefs de service public qui habitent les logements de fonction et qui branchent leurs appareils électriques à partir de la prise électrique du bâtiment où siège le service qu’ils dirigent, ou encore dont la consommation d’eau est frauduleusement à la charge de l’État ; les ouvriers qui revendent des moteurs et pièces qu’ils déclarent défectueux à leurs premiers propriétaires ; les cadres qui divulguent le contenu des soumissions de certaines entreprises à d’autres, lors des appels d’offres ; les médecins du public qui font tout pour que leurs patients se fassent traiter à leur clinique privée ; les enseignants qui gonflent les notes des élèves auxquels, ils dispensent des cours particuliers ou laissent passer en classe supérieure ou redoubler des élèves ne remplissant pas les critères, ou encore acceptent l’inscription d’élèves de façon irrégulière ; les techniciens du contrôle technique automobile ou du service des mines qui valident la visite technique ou accordent le permis de conduire en échanges de cadeaux offerts ; les avocats qui font le courtier pour les juges corrompus ; les juges qui ne jugent pas selon leur intime conviction, mais en fonction d’intérêts divers ; les journalistes qui font des portraits ou des invitations à des émissions moyennant un chèque ; les employés qui vendent des produits dans les couloirs de l’administration pendant leurs heures de travail ; les douaniers qui réduisent anormalement le montant des taxes pour recevoir un dessous de table ; les cuisiniers d’entreprises ou des cantines scolaires dont les familles vivent de la nourriture qu’ils rapportent à la maison ; les caissiers qui font exprès de ne pas disposer de petite monnaie pour ne jamais la rendre ; les militants des droits de l’homme qui ne s’intéressent qu’aux financements étrangers ; les élèves qui modifient les notes sur les copies ou les bulletins pour tromper des parents analphabètes ou peu attentifs…
En définitive, juguler la corruption et la fraude au Sénégal est un véritable défi herculéen que nous risquons de ne jamais relever si nous continuons à tuer notre école et de n’accorder aucune importance à l’éducation. Celles-ci sont les meilleurs instruments de résolution de nos problèmes sociétaux.

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