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Le parcours diabolique de Charles Sobhraj, alias “le Serpent”

Surnommé “le Serpent”, le Français Charles Sobhraj, escroc et tueur en série ayant sévi en Asie à la grande époque hippie, a purgé près de 20 ans de prison au Népal, avant d’être libéré vendredi.
 
Il avait été condamné au Népal en août 2004 à la prison à vie pour les meurtres en 1975 de la jeune touriste américaine Connie Joe Bronzich et de son ami canadien Laurent Carrière. Sobhraj avait auparavant passé une vingtaine d’années dans les geôles indiennes, accusé d’avoir tué, dans les années 1970, plus d’une dizaine de jeunes routards en Inde et en Thaïlande. Il avait été surnommé “the Bikini Killer” par la presse, après le meurtre d’une Américaine, dont le corps avait été retrouvé en 1975, vêtu d’un seul bikini, sur une plage de Pattaya.
 
Né à Saïgon en 1944
Né à Saïgon le 6 avril 1944 d’un père indien et d’une mère vietnamienne qui ne tardent pas à se séparer, Charles Sobhraj, longtemps apatride, sera profondément tourmenté par son identité. Le mariage de sa mère avec un militaire français lui permet d’obtenir, à l’adolescence, la nationalité française. Après une jeunesse délinquante, qui lui vaut de passer plus de cinq ans en prison, il part en voiture en 1970, avec son épouse enceinte Chantal Compagnon: direction l’Inde. Ils s’installent à Bombay, où naît leur fille Madhu le 15 novembre, et vivent de ses diverses escroqueries.
 
Détrousser les hippies
Là, il commence à détrousser des hippies. En 1975, il débarque à Bangkok avec une Canadienne rencontrée quelques mois plus tôt en Inde, Marie-Andrée Leclerc, sa nouvelle compagne et complice. Sobhraj se fait appeler Alain Gautier et se dit négociant en pierres précieuses.
 
“Cultivé” et “courtois”
“Il était cultivé, courtois”, racontait à l’AFP en 2021 Nadine Gires, Française de 22 ans à l’époque, qui les fréquentait en voisine du même immeuble situé non loin du célèbre quartier chaud de Patpong. “Beaucoup de personnes tombaient malades chez eux”, au point qu’elle lui dit un jour sur le ton de la plaisanterie: ‘Tu leur jettes un sort!’”
 
“Meurtrier diabolique”
À Noël 1975, un Français, hébergé chez Charles Sobhraj alors en voyage, montre à Nadine Gires le coffre-fort de son hôte plein de faux passeports et affirme qu’il “empoisonne des gens pour les voler”. Elle décide de démasquer Sobhraj, convaincue d’avoir affaire à un “escroc, séducteur, détrousseur de touristes, mais aussi meurtrier diabolique”. Avec un diplomate néerlandais, Herman Knippenberg, à la recherche de deux compatriotes disparus, ils accumulent les preuves et alertent la police thaïlandaise. En vain. En mai 1976, Sompol Suthimai, officier thailandais d’Interpol, découvre dans le quotidien Bangkok Post les photos de cinq touristes assassinés et des suspects Sobhraj et Leclerc. Il peine à croire que la police n’ait rien fait. “Je me suis dit: c’est une blague (…)”, déclarait à l’AFP l’officier de 90 ans en 2021.
 
Mandat d’arrêt international
Lorsqu’il récupère les éléments de preuve auprès de M. Knippenberg, notamment des journaux intimes et billets d’avion ayant appartenu aux victimes, les suspects ont déjà fui en France. Sompol Suthimai lance un mandat d’arrêt international. L’habileté du tueur à disparaître lui vaut d’ailleurs d’être surnommé “le Serpent”. Ce sera le titre d’une mini-série que la BBC consacrera à Sobhraj avant d’être diffusée sur Netflix en 2021, le criminel étant incarné par l’acteur français Tahar Rahim.
 
Arrestation à New Delhi
Quelques mois plus tard, en juillet 1976, Sobhraj est arrêté à New Delhi, après la mort par empoisonnement d’un touriste français dans un hôtel. Depuis sa cellule indienne, il vend son histoire à une maison d’édition, pour quelques milliers de dollars. Les journalistes australiens Richard Neville et Julie Clarke en tireront un livre: “Sur la trace du serpent”.
 
“Il méprisait les routards”
“Il méprisait les routards, de pauvres jeunes drogués. Lui se voyait en héros criminel”, a raconté en 2021 à l’AFP Julie Clarke, qui garde un “souvenir traumatisant” de son interview du tueur en 1977 et de “son monde psychopathique”. Sobhraj était “froid, arrogant, mais c’était une belle gueule”, selon un témoin cité dans l’ouvrage. “Fascinant”, il appâtait les voyageurs en leur proposant des pierres précieuses, bon marché, susceptibles de financer leur voyage, une fois revendues.
 
21 ans de prison en Inde
Il passe 21 ans en prison en Inde, marqués par une évasion de 22 jours en 1986. Il avait endormi ses geôliers grâce à des pâtisseries bourrées de somnifères. Retrouvé dans un restaurant de Goa, il affirme plus tard s’être échappé pour éviter l’extradition vers la Thaïlande, où il risquait la peine de mort. Libéré en 1997, ses crimes présumés étant prescrits en Thaïlande, il rentre paisiblement en France. Mais en septembre 2003, de retour au Népal, il est rapidement arrêté puis condamné à perpétuité. En 2017, à 73 ans, il subit une opération à coeur ouvert de cinq heures, explique alors à l’AFP son épouse Nihita Biswas. Le criminel et la fille de son avocate népalaise Shakuntala Thapa s’étaient secrètement mariés en 2008. Elle avait 20 ans, lui 64.